A travers ce projet, ce sont 20 personnes vivant dans la rue, ou qui y ont vécu, qui se racontent, simplement et dignement, parfois jusque dans leur intimité. Chacun d'entre nous peut se rendre compte de ce qui est pourtant une évidence : ils et elles sont des enfants devenus adultes, avec des parcours de vie denses mais souvent parsemés d’embûches et d'accidents. Certains essaient de s’en sortir, certains y sont parvenus, d’autres se résignent. 
Ce projet, réalisé sur 2 ans en 2020 et 2021, a fait l'objet de plusieurs publications presse sous le nom "1001 Vies".
Tous les entretiens menés dans le cadre de ce projet ont été enregistrés et sont disponibles sur demande à toutes fins de recherche, travaux sociologiques ou journalistiques.
Textes de Raphaëla Louy.
***
Joaquim

Joaquim dit avoir de l’argent. De l’argent sur un compte à La Poste, et de l’argent au pays. Plus la ferme de ses parents dont il a hérité. En 1969, quand il est parti du Portugal à dix-sept ans, son père lui proposait trois cents euros par mois pour rester s’occuper de cette ferme. Lui voulait plus et, comme beaucoup, il est parti chercher son Eldorado en France. D’abord Lyon pour travailler avec son frère sur des chantiers, puis Marseille, Grenoble, Avignon... Il devient chef de chantier au service de grosses entreprises du bâtiment comme Bouygues ou Eiffage. "Tu sais combien ils ont d’employés Eiffage ? Six cent milles ! Et c’est eux qui ont construit le pont sur le Taje ! Faut pas l’oublier ça !"
____________________
Patrice

Patrice est né à Paris, il y a quarante et un an. Très vite, sa famille déménage en Corse, à Calvi. Nous sentons immédiatement l’admiration de Patrice pour son père, malgré la brouille qui les sépare. Ce dernier lui a tout appris. "Dimanche, c’est la fête des pères...mais bon, on est fâchés..." Tous les métiers qu’il a exercés, Patrice les a exercés aussi ; de marchand de fruits et légumes à militaire. Patrice a aussi un BEP hôtellerie et un CAP de couvreur. Il était même chef d’entreprise dans ce domaine. C’est d’ailleurs depuis le vol de la bétonneuse de son chantier que Patrice est embrouillé avec son petit frère, qui en avait la responsabilité. "J'ai collé un pistolet sur sa tempe, bon je te rassure, il était pas chargé ! Mais c’était devant mon père… C’est depuis cette histoire qu’on est fâchés. Mais j’l’aime quand même…"
____________________
Floriant

Tant pis pour la formation qu’il avait entamée, cette opportunité qui se finit plus tôt que prévue à cause de cette mise hors demeure. Pas facile de venir chaque jour, à l’heure et propre, quand on dort entre l’hôtel et les canapés des copains. Mais Floriant est déterminé, il sait qu’il va s’en sortir. "Ce sera pas comme ça pour toujours ! Tu peux descendre vite comme tu peux monter vite", affirme-t-il, presque confiant. D’ailleurs, nous enchaîne-t-il, il attend justement la réponse d’une autre formation, une alternance dans une grand enseigne de distribution qui lui permettrait non seulement de gagner un peu d’argent pour les huit mois à venir, mais aussi d’obtenir un CDI à la fin, si tout se passe bien.
____________________
Hussain

"Les Talibans venaient toujours me demander : pourquoi tu n’as pas de barbe, pourquoi tu n’as pas de chapeau..." Un jour, en rentrant chez lui, Hussain est attaqué par deux hommes qui passent près de lui à scooter. Ils sont armés et tirent sur le jeune avocat. Par chance, il n’est que légèrement blessé mais sa décision est prise, il doit quitter son pays rapidement. Après un périple à travers l’Iran, le Pakistan, la Turquie, la Bulgarie, l’Autriche puis l’Italie, il arrive enfin en France.
Avec la barrière de la langue, difficile de communiquer. Il comprend qu’il doit se rendre à Jaurès, pour demander des papiers. Quand il y arrive, on lui donne un rendez-vous... trois mois plus tard. Angoissé de se faire arrêter par la police, Hussain décide de ne pas bouger de là. Commencent alors trois mois d’attente pour ce jeune homme de vingt-quatre ans qui n’avait auparavant connu ni la faim, ni le froid, ni l’éloignement avec sa famille. "J’avais aucun papier, je devais attendre ce rendez-vous. J’avais une chemise, un pantalon et mes chaussures."
____________________
Nicolas

"J’ai toujours eu un chien, c’est ma réputation. Le p’tit homosexuel avec son chien à la rue, c’est moi !" Depuis 15 ans. Une passion et une présence indispensable pour ce témoin privilégié de la perte de liens entre êtres humains. "Faut changer un peu les choses, on n'est plus au SDF de l’âge de pierre où on a juste besoin de manger, survivre, vivre d’amour et d’eau fraîche. Y a des fois juste la réponse, un p’tit bonjour, parler… un échange ! Des fois c’est super cool."
La vie à la rue n’est pas une partie de plaisir tous les jours mais Nicolas possède un optimisme à toute épreuve. Son truc pour positiver, c’est de toujours voir le bon côté des choses. "J’ai eu la chance de toujours pouvoir surfer sur la route. Oui y a eu des mauvais moments, des déceptions, mais y a toujours des choses positives derrière ! Je prends toujours le positif." Une belle leçon d’optimisme par ce garçon ultra sympathique que rien ne prédestinait à la rue.
____________________
Omar

"Ça peut arriver à tout le monde. Tu peux tout avoir et, en une fraction de secondes, tu passes de l’autre côté".  Omar en sait quelque chose. Aujourd'hui, il est l'un des bénévoles sur qui on peut compter pour organiser des distributions alimentaires, sur deux sites parisiens. Il savoure d’autant plus cette victoire sur la vie. Car il y a encore quelques mois, lui aussi dormait dehors et allait aux Restos du coeur pour trouver un peu de réconfort.
"Au bout de trois mois les flics ils arrivent, ils me foutent dehors. Tout a défilé dans ma tête. Je me suis dit c’est pas possible, j’avais tout pour moi, et j’ai plus rien". Ses frères et soeurs l’aident un temps en le logeant, "mais après tout le monde a sa situation, c’est compliqué…" Omar n’en veut à personne, il s’est toujours débrouillé par lui-même. Mais là, c’est plus dur que prévu. "Quand t’es dans cette situation t’as plus envie de bosser, t’as des idées noires, tu dors pas... Si y avait pas eu Mounir, je pense que j’aurais sombré." 
____________________
Agnès

"Je suis née le 6 février 1967 dans l’Aine, en Picardie", nous raconte Agnès. "J’ai été placée en famille d’accueil de mes un mois et demi à mes dix-huit ans…" Pourquoi ? À cinquante-quatre ans, Agnès ne le sait toujours pas. Elle grandit à Château-Thierry, chez un couple qu’elle appelle “papa” et “maman” jusqu’à ses treize ou quatorze ans. "Un jour, ils m’ont dit : “tu sais tu nous appelles “papa maman” mais maintenant t’as l’âge de comprendre, tu peux savoir la vérité”!" L’adolescente tombe des nues. Sa réaction ? Pendant un mois, elle ne mange plus, ne se lave plus, bref, se laisse aller. Tant bien que mal elle se ressaisit mais le mal est fait. Elle poursuit sa scolarité mais à dix-huit ans, sa famille d’accueil la laisse à son tour. "Ma famille d’accueil m’a dit : “maintenant faut que t’apprennes à te débrouiller toute seule !” Après j’ai commencé ma galère, soupire Agnès."
Une vie hors du système commence pour la jeune femme à peine majeure et sans diplômes.
____________________
Geoffrey

"La dernière fois que j’ai montré ma tête c’est quand j’ai tourné dans Lupin !" Le ton est donné. Malgré son air assuré, Geoffrey est loin de se prendre pour une star. Il se dit “acteur de complément”, car son domaine c’est la restauration. Ce n’est pas la crise sanitaire qui l’a mis à la rue, mais la crise qu’a traversé son couple juste avant le premier confinement. "Je suis dans la rue depuis le 24 janvier 2020", comme si cette date était désormais gravée en lui.​​​​​​​
Il dit avoir eu un parcours “normal” mais en creusant un peu, on s’aperçoit que dès le début, la vie ne l’a pas aidé. "Mes parents m’ont pas assumé parce qu’ils avaient pas les moyens pour. Mais je leur en veux pas du tout. Ils ont pris l’alternative de me placer pour que j’aie une meilleure vie !" Le petit garçon grandit donc en famille d’accueil chez un couple sans enfants de la région parisienne. Quand il a dix-sept ans, il rencontre une femme, celle avec qui il vivra pendant sept ans, jusqu’à ce fameux 24 janvier 2020.
____________________
Cristian

Originaire d’une petite ville roumaine, il a laissé derrière lui une vie d’opulence et de sécurité matérielle. "Là-bas j’avais mon entreprise avec beaucoup beaucoup argent." Quand on lui demande pourquoi il a décidé de partir, son visage se referme. Il ne veut pas en parler et nous raconte rapidement une histoire d’argent donné à ses parents, "une maison pour mama, une maison pour papa" (ses parents sont divorcés) et d’impôts beaucoup trop élevés dans son pays. "J’ai eu problèmes avec la justice ; alors j’ai dit « ok I go ! ». C’est difficile, mais c’est la vie." Quoi qu’il en dise et malgré la fierté, on sent que la situation qu’il traverse est loin d’être de son fait. "Pour moi la Roumanie c’est fini…" souffle-t-il tristement​​​​​​​.
Je ne parle pas avec ma fille depuis un an, depuis que je suis ici… "Qu’est-ce que je vais lui dire ?! « Ton papa il dort dans la rue »…" 
____________________
Lisiane et Laurent

Après la mort de son mari, Lisiane se voit contrainte de travailler. Elle sera aide cuisinière puis travaillera au service propreté urbaine de la ville. Depuis quelques années, elle habitait dans un logement social ou Laurent, son fils, est venu la rejoindre. Malheureusement, le bail est arrivé à son terme et n’a pas été renouvelé. Faute de logements disponibles dans leur ville, Laurent et Lisiane ont pris la décision de monter à Paris. 
Le garçon qui se tient à côté de sa mère a trente-quatre ans. Lui n’a jamais connu l’Algérie mais a vadrouillé un peu en France pour ses études. "J’ai fait une école hôtelière ! Par passion oui, parce que j’aimais cuisiner et aussi parce que mon beau-père avait un restaurant. Il m’a donné goût à ce métier." Un métier bien difficile à exercer par les temps qui courent. 
____________________
Manu

Car Manu lutte lui aussi contre le démon de l’alcool. "Là, je sors de trois mois de cure. Quand je suis sorti, le premier truc que j’ai fait c’est d’aller à Franprix acheter à boire…" Difficile de comprendre si l’alcoolisme est venu ravager sa vie à sa sortie de prison ou s’il en est la cause. Quoiqu’il en soit, c’est pour avoir agressé sa mère, en pensant que c’était sa sœur qu’il a écopé de deux ans de prison ferme. Car si Manu tape sur une batterie toute sa jeunesse, c’est pour ravaler la rage qu’il a contre sa sœur. De huit ans son aînée, elle a tapé sur Manu toute leur jeunesse. "Ma mère voyait les bleus, mais elle ne faisait pas grand-chose... Un jour, j’ai pété un câble." Fortement alcoolisé, il rentre et agresse sa mère...
En sortant de prison, plus personne. Son père n’est plus dans le paysage, sa mère est en Ephad, "et de toute façon j’ai plus le droit de l’approcher…" nous dit tristement Manu.
____________________
Andreï

"Now I’m three years here", soupire le letton. Ici, la barrière de la langue lui rend la tâche très compliquée pour trouver un travail, même au black. Pour l’instant en faisant la manche, il obtient de quoi survivre au quotidien. Il peut aussi se laver dans un centre à Pompidou, manger à sa faim grâce aux associations, mais pas économiser. Il dort avec un ami dans un squat souterrain où au moins il n’a pas froid. 
Quand on lui demande pourquoi il préfère vivre dans ces conditions dans un pays étranger plutôt que dans son pays, il est presque choqué qu’on lui pose la question. "What can I do in Latvia ?! There is no money, no job... only government has money."
Mais Andreï veut s’en sortir et dit pouvoir faire n’importe quoi, "I can do too many jobs !" Et sa mère ? Il ne veut pas qu’elle sache qu’il est dans cette situation. Alors quand il l’appelle, il ment.
____________________
Maria

Son premier séjour en psychiatrie, elle avait treize ans. "Je pesais trente-six kilos, je mangeais plus". Elle embraye direct sur ses enfants. Elle en a deux, les deux issus de viols. Adriana est adolescente, son fils a sept ans. Adriana, quand je l’ai eue, je l’avais laissée à garder chez une famille que je connaissais à Saint-Georges, mais ils voulaient pas s’en occuper. Un jour, ils l’ont jetée du deuxième étage. La petite tombe sur la tête et Maria est appelée à Lariboisière pour voir sa fille en réanimation. Heureusement depuis, les choses vont mieux. Elle est en famille d’accueil, elle a grossi et elle a les cheveux longs. Parfois, Maria lui rend visite. Son fils, lui, a été adopté, elle ne pouvait pas s’en occuper.
Maria continue de nous raconter son quotidien dans la rue, entre errance et mendicité. Une nuit, il y a quelques temps, elle dort sur un banc et se fait voler sa sacoche. Une nuit normale dans la rue… 
____________________
Frédéric

Au moment de son licenciement, comme une malédiction familiale, Frédéric s’est mis à boire lui aussi. "Ça me plaisait bien aide-soignant, mais là c’est pas possible, je picole trop". Des cures, il en a déjà faite une, mais les copains qui venaient, les mains chargées de bouteille pour traîner sur les marches du centre ont eu raison de la volonté du quadra. Son parrain ? "Il est retombé dedans aussi, pire que moi. Maintenant c’est une loque. J’ai essayé de l’aider mais il ne veut rien entendre."
Sa silhouette longiligne et ses yeux délavés laissent entrevoir le beau jeune homme qu’il a sans doute été. Mais côté cœur, rien. "Bon, j’ai quand même mon fils mais il a vingt-neuf ans, il fait sa vie, je veux pas l’embêter." Frédéric a donc un fils. Kévin. "Il aime pas trop Paris, il est un peu…sectaire. Il aime pas trop s’approcher des gens. Et puis, il travaille beaucoup. Il est dans la restauration."
____________________
Jean-Pierre

Dans sa vie d’avant, Jean-Pierre était kiné. Il avait un cabinet aux Batignolles, une femme, et un fils. Déjà inventeur, il déposait des brevets pour améliorer la qualité de travail de sa profession. Un jour, il décide de se lancer dans une thèse, sur la symétrie du corps. C’est le point de bascule. Après cinq ans de travail acharné, la thèse est publiée, Jean-Pierre lui, est lessivé. Il a tout donné pour finir et le kiné-thésard est au bout du rouleau. "J’étais vidé complètement, je ne pouvais plus travailler" soupire-t-il, encore abattu. 
Direction l’hôpital. Là-bas, le médecin lui dit de se reposer. "Il m’a dit de prendre mon temps...je suis resté deux ans." Aucun signe avant-coureur ? "Rien, rien, rien !" s’exclame Jean-Pierre. Non, il n’a vraiment rien vu venir.
Aujourd’hui, ça fait dix ans qu’il vit dans une résidence de la ville de Paris, entouré de personnes âgées. "Tous les six mois, il y en a un qui part !" plaisante-t-il, avant de s’excuser, "je ne vous invite pas, c’est tout petit…"
____________________
Slim

"Mon surnom c’est « Slim », comme les feuilles slims !" nous annonce-t-il avant de commencer. Et aussi parce que son deuxième prénom, c’est Slimane. Son vrai prénom, Sullivan, il ne l’aime pas. Il lui rappelle son enfance à Valenciennes. Empreinte de violence. Violence morale, celle de son père, puis celle physique de ses trois grands frères. Chaque jour, elle s’abat sur lui un peu plus durement. "J’ai failli avoir un petit frère, mais à la naissance il était mort. Je suis content parce que sinon c’est lui qui aurait vécu tout ça." Né vingt-neuf ans plus tôt, cela fait treize ans qu’il erre dans les villes de France pour tenter de se libérer des démons de son enfance.
"Maintenant je sais où est ma place. Elle est dans la rue". Car la liberté que cette vie lui offre, il ne l’échangerait pour rien au monde. "Tu vois toi, quand tu te réveilles, tu vois un mur ou un tableau. Moi je vois le ciel !" Même s’il avait une copine, il ne pourrait plus retourner à la vie normale, entre quatre murs. En revanche, peut-être qu’il se doucherait, nous avoue-t-il en souriant.
____________________
Ramdane

"Mon meilleur souvenir c’est toutes les bêtises que j’ai faite quand j’étais jeune... on jouait aux billes, aux cartes... Y avait une factrice qu’on connaissait, pendant qu’elle distribuait le courrier, on lui cachait son vélo", nous raconte-t-il avec un brin d’espièglerie. Benjamin d’une famille de six enfants, le facétieux garçon poursuit ses études jusqu’à l’âge de seize ans, puis part faire l’armée. 
En un an, ses deux parents disparaissent coup sur coup.
Un ange passe. Ramdane reprend son souffle. On entend en fond Gainsbourg chanter “Je suis venu te dire que je m’en vais”. Je m’apprête à appuyer sur le bouton “stop” de l’enregistreur, mais Ramdane a encore quelque chose à nous dire. "En fait, ce qui me retient à Paris, ce sont les souvenirs... Ce que j’aimerais vraiment c’est me revoir petit avec mes yeux de maintenant. Moi, ce que je voulais, c’est vivre tout simplement dans une maison avec des animaux. J’adore les animaux.
____________________
Madness (Rudy)

Madness croit au destin, au fait que chaque chose arrive pour une raison à la bonne personne, au bon moment.  "Si vous êtes là, ici et maintenant, c’est que c’est le bon moment" dit-il en nous invitant à prendre place sous un parasol orné de brillants. 
"La rue m’a apporté plus que toutes les expériences que j’ai vécues dans ma vie d’avant." Nous ne savons ni où il a grandi, ni les détails de la trahison qui l’ont poussé à tout quitter pour se confronter à l’univers de la rue, sa solitude et sa saleté. 
"J’ai subi des mauvais traitements de la part des gens qui étaient les plus proches de moi. Ces comportements m’ont fait mettre une distance avec moi-même. Je ne m’aimais pas. C’est dans la rue que j’ai appris à m’aimer. C’est là que j’ai pu enfin savoir qui j’étais vraiment."
____________________
Peter

Sa maison c’est la Hongrie, et en réalité, ce n’est pas là qu’il compte aller une fois la somme nécessaire pour un billet de train collectée. Peter n’a pas vraiment envie de retourner dans ce pays qu’il a quitté il y a des années. "In Hungary, I was a cook. I had a nice girlfriend, we lived together for six years. I was working from Monday to Sunday to get enough money to get married. But I got sick. And one day, I went home and found my girlfriend in bed with my good friend." Peter enfile son sac à dos et part à l’aventure sur les routes européennes.
L’homme a trente-huit ans et pas vraiment toutes ses dents. Espiègle, il a encore une surprise pour nous. Il sort un gobelet en carton. Dessus est écrit "La beuh". Celui-là, il ne le sort pas tous les jours, "too much police and too much children", nous dit-il. Mais il nous confie tout de même que quand il est dehors, c’est le gobelet dans lequel les gens mettent le plus.
____________________
Joël

Sa liberté, il y tient plus que tout. Rien n’y personne ne lui fera changer d’avis sauf peut-être…sauf peut-être un bébé ! Car Joel est amoureux. Maria, l’heureuse élue, est anthropologue et travaille dans le social à Barcelone. C’est là qu’elle a rencontré le globe-trotter hongrois. Elle vit chez ses parents, lui dans un squat mais qu’importe, elle respecte son mode de vie et l’attend lorsqu’une mouche le pique et qu’il prend le premier train pour passer plusieurs mois à Paris ou ailleurs. "It is hard…" conçoit Joel, "sometimes I just disappear. I don’t have a phone, I just told her I will come back in April… she waits for me… normally!" Il rit.
Et même si tout n’est pas rose dans la rue, il a l’air vraiment heureux de vivre cette vie de bohème. Avant de partir, il nous livre tout de même un constat amer, comme un avertissement… "The world is changing in the wrong direction. But I think it is important to stay calm."
____________________

Gallerie​​​​​​​

Back to Top